Une genealogie du violon vu part l'histoire des idées.


La forme contemporaine du violon a été principalement fixée par la lutherie du XVIe siècle. Si sa généalogie est plus ancienne, c’est cette forme et les mystères qu’elle incorpore qui fait débat depuis dans la musique moderne et contemporaine.

Pour comprendre les principes qui animaient les luthiers du début de la Renaissance, comme pour saisir la différence avec notre mode d’existence, c’est une visite chronologique du statut de la matière et de l’objet qu’il faut entreprendre.
C’est pourquoi j’ai voulu regarder à nouveau un concept philosophique plus ancien revisité justement à l’époque : l’hylémorphisme.



À propos de l’Hylémorphisme :

« Théorie philosophique d'Aristote selon laquelle la constitution de tout être relevant du cosmos est expliquée par deux principes corrélatifs : la matière (hylê : bois, matériau de construction) et la forme (morphê : figure, disposition). »

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Ainsi, selon l’aristotélisme, l’être est composé de manière indissociable d'une matière et d'une forme. L’hylémorphisme concerne l’ontologie classique au sens large ; celles des objets comme des êtres vivants. Au moyen-âge et à la renaissance, c’est notamment par la question du corps et de l’âme qu’elle va d’abord trouver le plus de résonnances.

Or, ce concept ne met a priori pas l’unité de l’âme et du corps en question :
« Aristote pense l'âme comme « la forme d'un corps naturel ayant la vie en puissance ». Le corps est formé par l'âme qui l'informe, et tant et aussi longtemps qu'elle l'informe. L'âme est le principe qui permet d'actualiser la vie que le corps a en puissance. »
Cette unité première est importante. Mais c’est tout de même en mettant ce concept au travail que l’histoire philosophique en est arrivée à une dualité plus affirmée.

Le dualisme cartésien en est la forme la plus notable. Il désigne la conception philosophique de Descartes concernant le rapport entre le corps et l'esprit. Descartes reconnaît l'existence de deux types de substance : l'esprit (ou l'âme) et le corps. Il considère également que chacune de ces deux substances interagit avec l'autre.

Or, comme tout concept, il n’est pas exempt du contexte qui l’a vu naître. Il est donc, lui aussi, à nuancer.

Le Discours de la méthode a été écrit par Descartes quelques années après le procès de Galilée (juin 1633), qui avait été condamné par l'Église à cause de son ouvrage Dialogue sur les deux grands systèmes du monde. Descartes avait écrit en 1632-1633 un Traité du monde et de la lumière dans lequel il défendait la thèse de l'héliocentrisme. Il préfère ne pas publier cet ouvrage, mais ne renonce pas totalement et décide finalement de le présenter sous une autre forme et de le publier anonymement.

Cette forme c’est la méthode, une mise en lien indirect des résultats du savant. Si Descartes et Galilée sont arrivées au même résultat concernant l’héliocentrisme, l’un finira au bûcher quand l’autre fut gracié par son illustre méthode.

Si l’héliocentrisme fit débat lorsqu’il vint à être accepté par la communauté scientifique, la séparation du corps et de l’âme, notamment dans l’être humain, était politiquement cohérente pour l’époque.

Or, outre de nombreuses avancées dans le domaine des sciences pluridisciplinaires, ce discours est connu pour s’inscrire en rupture avec l’école scolastique. Cette école de pensée médiévale visant à concilier l'apport de la philosophie grecque (particulièrement l'enseignement d'Aristote et des péripatéticiens) avec la théologie chrétienne héritée des Pères de l'Église.

Cette école de pensée fut majeure du XIe au XVe siècle. Quoique critiquée, elle perdurera dans les universités jusqu’au XVIIIe siècle, notamment en France et en Italie.

C’est cette école de pensée, et son emploie de l’hylémorphisme que je voudrais situer ici, notamment ses liens avec les savoir-faire luthiers.