Pourquoi rapprocher des savoirs alchimiques avec la thèse de Gilbert Simondon :


Ma comparaison arrive à un écueil. Les savoirs alchimiques sont ancestraux. Cette discipline a une forte résonnance symbolique. Caché derrière ces pratiques, ce qui relève d’une connaissance universelle peut être rapproché à ces symboles.

Les systèmes symboliques, leur signification métaphysique, le pouvoir résidant dans les signes sont une lecture de l’humain et de son patrimoine qui se base sur la contradiction.L’androgyne est le symbole premier des rapports alchimiques au monde. Comme le lieu commun de l’alchimie qui réunit les métaux inverses, plomb et or, l’androgyne révèle une culture des opposés et des inverses.

Cette culture de l’opposition nous pouvons la retrouver dans le cercle et le carré, deux symboles à la base de toutes formes instrumentales, comme souligné par Luc Breton. Les instruments se retrouvent donc à faire le lien, à cultiver et à parfaire, deux formes qui s’opposent par leur nature.

C’est dans cette culture de la contradiction que l’alchimie m’intéresse particulièrement.

Durant la brève histoire de la modernité, la science s’est précisément définie en dehors de ces contradictions. C’est dans ce cadre-là que Lavoisier définit les bases de la chimie, et que l’alchimie a été relégué au rang d’imposture ou de croyance, au cours du XVIIIe siècle.

Si elle fut reléguée, ce n’est pas exactement parce qu’elle cultivait la contradiction, sinon que ces contradictions ne pouvaient affirmer une quelconque causalité, et très difficilement des mesures.

La dialectique, la philosophie, la science se sont emparées des choses, en cherchant l’exactitude. Cela a fait tout un chemin. Or, on a pu voir revenir dans les métaphysiques modernes, notamment celles de Nietzsche, de Simondon, une certaine formulation de la contradiction. Philosophie de la contradiction, qu’on peut lire notamment chez Héraclite, qu’ils ont resitué dans leurs œuvres respectives.

Dans notre temps moderne et contemporain, la science arrive à des terrains où elle-même n’est plus causale, on peut le voir dans la physique quantique, dans la théorie des catégories pour les mathématiques, ou dans le théorème d’incomplétude comme fondement de la logique.

Cette causalité est à l’essence même de la modélisation de forme dans le modèle de synthèse numérique qui nous intéresse.

Basarab Nicolescu est un chercheur de la physique quantique, il est aussi un grand spécialiste de René Daumal. Cette affinité est explicable notamment parce que la culture de l’intuition, de la contradiction, coexiste depuis bien longtemps avec la science, notamment dans l’art.

Cette coexistence je la vois aussi dans les fondements alchimiques de notre monde. Les êtres qui nous entourent, les relations qui nous lient et nous étendent à eux ont depuis toujours était sut, mais certain.es furent tu.es.

J’ai donc mis ces deux idéologies en analogies étant convaincues que la rencontre est fertile, que leurs liens sont profonds et que la réunion est possible.